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Bookcrossing
Un article de DokuPedia.
À en croire les sources disponibles actuellement sur l'histoire de cette pratique, tout commença aux États-Unis en avril 2001. Sur le modèle du site Wheresgeorge.com, qui permet de suivre le cheminement des billets d'un dollar à partir de leur numéro de série, un informaticien, Ron Hornaker, a l'idée de créer un site Internet pour suivre à la trace des livres voyageant dans le monde entier.
Le "bookcrossing" ou "passe-livres" est né (terminologie). Depuis,il a gagné d'autres pays (France,Italie,Espagne,Allemagne,Grande-Bretagne,Pologne,Canada,Australie).
Sommaire |
Les données
Les règles du jeu
Pour participer au bookcrossing, il suffit de disposer d'un ordinateur connecté à Internet, puis de s'inscrire sur le site de son choix (voir Sites officiels). Ensuite, on renseigne une fiche sur le livre que l'on a l'intention de "libérer", sorte de notice approximative comprenant le titre, le nom de l'auteur, l'éditeur, sans oublier d'indiquer le lieu où l'ouvrage pourra être "capturé". Pour assurer un meilleur suivi, le livre se voit alors attribuer un numéro identifiant (BCID ou PLID selon qu'on soit affilié au BookCrossing ou au Passe-Livre). Il faut l'inscrire de manière bien visible dans le livre. On recourt souvent à une étiquette. Celui qui le trouvera n'aura qu'à aller, à son tour sur le site, pour enregistrer sa découverte.
Les objectifs
En "relâchant" ainsi des livres, on veut créer un "cercle invisible de lecteurs", qui pourront aussi échanger leurs impressions via les sites fédérateurs. Finalement le bookcrossing s'occupe de la diffusion des livres sans passer par les circuits commerciaux ou institutionnels habituels. Liberté, gratuité,et surtout plaisir sont ses maîtres-mots. Comme le rappelle Gennaro Capuano, libraire fondateur du Passe-Livre, "si l'on ne s'y amuse plus, il est inutile de persévérer". Un jeu donc ? Une chasse au trésor puérile ? Il y a, pour les passionnés, un enjeu de taille : l'invitation à la lecture.
Les résultats chiffrés
On annonce, pour la fin de l'année 2006 , 450000 à 500000 passeurs pour 3 millions de livres inscrits dans le monde. La France compterait, à la même date 11000 passeurs répartis sur les deux sites (bookcrossing.com et passe-livre.com) pour 1000 livres libérés par mois (confrontation des sources de Bibliopédia et de Wikipédia).
Même si la presse s'en est fait l'écho,dès son apparition en France et en Europe (2003), le passe-livre ne jouit auprès du public que d'une audience restreinte.
Les acteurs et leurs partenaires
Des lecteurs ou des internautes ?
Il est incontestable que des lecteurs soucieux de devenir des maillons actifs de la "chaîne du livre" ont eu l'initiative du mouvement. Il faut reconnaître leur volonté de ne pas se laisser dicter ses choix en matière de lecture en trouvant le moyen de "participer". Les possibilités offertes par Internet créent des conditions idéales. Cependant, certains professionnels réduisent ces actions à un simple désir de notoriété éphémère, le désir de "laisser une trace" dont le Web peut si facilement être le vecteur.
Les institutions
Sans être à l'origine du bookcrossing, certaines bibliothèques ont fini par l'accompagner (bibliothèques municipales d'Albi, de Brest, du Sicoval (réseau de bibliothèques de l'agglomération toulousaine...)). Le passe-livre profite alors des savoirs-faire des institutions, ce qui le structure et lui donne une nouvelle dimension. Faut-il parler d'encadrement d'une pratique "sauvage" par des professionels ? Ceux-ci tenteraient-ils de récupérer l'initiative des lecteurs ? L'établissement peut permettre l'installation d'une zone d'échange, ("totem") dans ses locaux. Celui-ci peut se déplacer dans des lieux inattendus de la ville, ainsi chez un chocolatier d'Albi. Mais, c'est surtout lors de manifestations culturelles liées à un calendrier national ou local que le bookcrossing devient bien visible (Lire en fête, Les arts dans la rue...). Il peut figurer en bonne place dans la politique d'animation, dans les activités de médiation et rejoindre des actions comme celle de la bibliothèque hors-les-murs (implantation d'un totem à l'hôpital de Naples).
Le commerce du livre
On sera étonné de rencontrer ici les piliers de l'économie du livre : éditeurs (Actes Sud) et libraires (le fondateur du site italo-français, opération de bibliothèque de rue à Paris) se sont aussi impliqués lors du Salon du livre de Paris, pour des "lâchers de livres".
Enjeux
Quels risques ?
- Les bibliothèques restent-elles fidèles à leurs missions ? Les textes fondateurs sont formels : le passe-livres contribue à la "diffusion gratuite de la culture écrite en suscitant partage et échange" (Charte des bibliothèques, Manifeste de l'UNESCO dans Bibliographie)
- Concurrence ? Non. Contrairement aux idées reçues, les pratiques culturelles ne se menacent pas les unes les autres (voir les enquêtes d'O. Donnat). Ceux qui empruntent le plus en bibliothèque sont aussi ceux qui achètent le plus de livres. Le passe-livres incite aussi à acquérir en double pour mettre un exemplaire en circulation. Ce serait alors plutôt un moyen de promotion et ces actions s'avèreraient complémentaires.
- Gratuité? On oublie trop souvent que la gestion d'un point d'échange en bibliothèque (enregistrement, suivi...), la participation à des événements culturels, ont un coût. Le totem emblématique du Passe-livre s'achète 777,4 euros! Ce circuit parallèle n'échappe pas complètement aux règles de l'économie tout en appartenant au secteur non-marchand.
Un signe des temps
Certains juges sévères condamnent sans appel le passe-livres, le ravalant à un simple phénomène de mode, à un buzz. Vu les engouements irréfléchis pour tout ce qui touche à Internet, on pourrait céder au soupçon. On peut aussi être moins catégorique en se demandant s'il ne serait pas une nouvelle forme de ces réseaux du livre-échange qui se développèrent à la fin du XIXe siècle et qui, jusqu'à la seconde guerre mondiale, connurent un succès croissant. Mais alors qu'à l'époque c'était sur les déplacements des hommes, comme les représentants de commerce, "profession nomade", qu'on mettait l'accent, de nos jours, par une sorte d'inversion d'optique, on braque les projecteurs sur les "pérégrinations" des livres de par le monde. Les "mécanismes" qui règlent leur circulation ne sont pas exactement les mêmes, mais, sans entrer dans les détails, on repère des analogies. Le passe-livres ne serait donc pas une pratique radicalement neuve, mais, les possibilités offertes par les nouvelles technologies de la communication lui donneraient sans conteste une autre dimension.
Si le bookcrossing participe de l'illusion, couramment répandue à l'heure d'Internet, selon laquelle n'importe quel internaute peut se substituer à tout professionnel compétent dans un domaine, il n'en demeure pas moins qu'il permet aussi, à sa manière, de contrer le pouvoir des "prescripteurs", détenteurs de la "culture légitime". Cette "république de lecteurs" militants croise les enjeux du web 2.0. Mais oeuvre-t-elle dans le sens d'une véritable "démocratisation" de la lecture ? Va-t-elle toucher ceux qui, pour des raisons socio-culturelles, n'osent pas franchir le seuil de la bibliothèque-sanctuaire ? Chaque passeur bénévole, en contribuant à l'extension des circuits du livre, se retrouve, à son insu, aux confins du jeu pour rejoindre les territoires du médiateur, de celui qui, en terrain souvent hostile, va tenter d'établir une communication entre deux univers qui ont tout à apprendre l'un de l'autre.
Références
Sites officiels
Partenaires
- Bibliothèques
- En France :
- A l'étranger :
- Associations
- Commerces et associations
Bibliographie
- Manifeste de l'UNESCO sur la lecture publique
- Manifeste Ifla pour Internet, 2002
- Charte des bibliothèques
- L'action culturelle en bibliothèque, sous la direction de Vivianne CABANNES et de Martine POULAIN, Paris, Editions du Cercle de la Librairie,1998
- AROT, Dominique, Les partenariats des bibliothèques, Villeurbanne, Enssib, 2005
- DONNAT, Olivier, Les pratiques culturelles des français, Paris, La documentation française,1998
- Matériaux pour une histoire de la lecture et de ses institutions, n°14, Les réseaux échangistes, Bernay, Société d'histoire de la lecture, 2003
- Bulletin des bibliothèques de France, t.51, n°5
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