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Classification et cotation dans les CDI

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La cotation dans un CDI intervient après le catalogage et met à contribution la rigueur technique du professeur documentaliste ainsi que sa souplesse pédagogique. En effet, le documentaliste exerçant dans un milieu éducatif ne se contente pas de gérer un stock de documents dont il posséderait seul le mode d'utilisation. La plupart des documents qui constituent le fonds d'un CDI sont en libre accès : le responsable du centre de ressources doit se fixer avant tout des objectifs d'ordre pédagogique lorsqu'il fait des choix de rangement et de cotation. Le but principal est avant tout d'assurer la construction de l'autonomie des principaux usagers du Centre de documentation et d'information c'est-à-dire des élèves.

Ainsi, le rôle de l'enseignant documentaliste consiste à choisir le système documentaire le plus adapté au public et il aura tout intérêt à l'appliquer de façon rigoureuse. Dans sa démarche, il essaye de garantir aux élèves un mode d'accès logique, efficace, fiable et rapide pour ne pas les décourager dans leur recherche de documents. Il est donc important de choisir les clés d'accès au fonds les plus adaptées au niveau, à l'âge, aux références culturelles des utilisateurs. Cela suppose que le pédagogue ait aussi réfléchi à ce qu'il désire enseigner, à la mise en place d'une progression pédagogique dans le domaine de la formation à la recherche documentaire. Cet objectif pédagogique repose donc sur une indexation correcte des documents et sur le choix d'un mode de rangement et de cotation compréhensible pour les élèves.


Sommaire

Définition

La cote est un élément que le professeur documentaliste rajoute au dos du livre dont il vient de faire le traitement documentaire : elle marque la localisation du document dans le CDI. Elle en constitue en quelque sorte l'adresse. En effet, le centre de documentation est en accès libre : l'utilisateur doit donc pouvoir rechercher sur les rayonnages le document dont il a besoin. Pour l'aider dans sa démarche, l'organisation du fonds doit être rigoureuse et réfléchie : elle tient compte du contenu des documents.

Chaque notion, chaque thème contenu dans un document renvoie à un indice qui est sa traduction dans un langage de classification adopté. Ainsi, chaque document sera signalé par une cote constituée d'un indice (correspondant à son sujet) et des trois premières lettres du nom de l'auteur pour un livre.

L'indexation à partir de laquelle va se déterminer la cote est donc l'opération de base indispensable : après une analyse intellectuelle du contenu de l'ouvrage, le documentaliste identifie les notions clés contenues dans le document puis en établit la cote. Cette dernière est donc le symbole nominal ou numérique qui traduit le concept auquel se rattache le contenu du document. Ce nombre "indice" est le plus souvent tiré dans les CDI de la classification décimale Dewey et universelle.

Les livres documentaires

Les exigences du classement dans un CDI

Au moment de coter le fonds dont il est responsable, le professeur documentaliste a parfaitement conscience qu'une classification claire favorise l'accès aux documents pour les utilisateurs non initiés que sont les élèves. L'exercice de cotation tient compte de trois exigences :

  • une exigence pédagogique : s'adapter au niveau et à la démarche du public.
  • une exigence intellectuelle : la disposition des documents sur les rayonnages doit être cohérente
  • une exigence universelle : il faut garantir une continuité dans la formation des élèves à la recherche documentaire; les grands principes de la classification adoptée doivent donc être respectés car le système utilisé a vocation à être appliqué ailleurs que dans un CDI.

Le documentaliste dispose de deux outils principaux largement répandus dans les CDI pour coter les documents : la classification Dewey et la CDU.

La Dewey

Cette classification est la plus largement répandue dans les établissements scolaires car elle a l'avantage d'être facilement compréhensible. Elle a été élaborée par l'Américain Melvil Dewey, un grand nom de la bibliothéconomie mondiale. La première édition parut en 1876, et la XXIème est sortie en 2000 en français et en version abrégée.

La classification Dewey repose sur une répartition de la connaissance humaine en dix classes numérotées de 000 à 900, chaque classe correspondant aux dix grands domaines du savoir :

  • 000 généralités
    • 100 philosophie
      • 200 religion
        • 300 sciences sociales
          • 400 langue
            • 500 sciences de la nature et sciences exactes
              • 600 techniques
                • 700 arts
                  • 800 littérature
                    • 900 géographie et histoire

Chacune de ces classes est divisée en dix sous-classes, elles-mêmes sous-divisées en dix sous-sous-classes. Lille3
La Dewey a certes évolué vers davantage de complexité avec l'augmentation des connaissances, mais la classe 600 est de plus en plus inadaptée à la progression constante des techniques.

La CDU (Classification Décimale Universelle)

La Classification Décimale Universelle est elle aussi basée sur une classification décimale. En fait, elle est issue de la Dewey : ce sont les belges Paul Otlet et Henri La Fontaine qui l'ont élaborée en 1905 afin de constituer un répertoire de l'ensemble des livres édités depuis le début de l'imprimerie.

En France, elle est surtout utilisée dans les bibliothèques universitaires et les bibliothèques spécialisées car elle permet de traduire davantage de finesse dans la cote (même si de plus en plus la Dewey tend à la remplacer dans les B.U.). Elle repose aussi sur une division de la connaissance en dix classes ( numérotées de 0 à 9), elles-mêmes subdivisées en sous-classes et sous-sous-classes. En 1962, la classe 4 (linguistique) a disparu, son contenu étant reporté à la classe 8 (littérature):

  • classe 0 : généralités
    • classe 1 : philosophie
      • classe 2 : religion
        • classe 3 : sciences sociales
          • classe 5 : sciences exactes et naturelles
            • classe 6 : sciences appliquées, médecine,technologie
              • classe 7 : arts, divertissement, sport
                • classe 8 : littérature, linguistique, philologie
                  • classe 9 : archéologie, géologie, histoire et géographie

Si la CDU et surtout la Dewey ne sont plus adaptées à l'état actuel des savoirs, elles permettent toutefois une organisation rationnelle des multiples connaissances et offrent un schéma qui tend vers l'universalité.

Dewey ou CDU dans un CDI ?

La Dewey est plus fréquemment utilisée dans les établissements scolaires et elle est à privilégier surtout dans les écoles primaires et les collèges car elle est plus simple d'utilisation pour les jeunes élèves. Dans tous les cas, il faut avant tout tenir compte du fonds : s'il n'est pas important, pourquoi recourir à un indice complexe qui ne contribuerait qu'à perturber les élèves dans leur démarche de recherche documentaire ? Mais l'abondance de documents sur un même sujet dans un lycée agricole, dans un lycée technique ou un lycée professionnel dispensant des enseignements spécifiques sur le BTP par exemple, pourra inciter le professeur documentaliste à affiner ses cotes en utilisant des indices de classification beaucoup plus complets. C'est donc l'estimation quantitative du fonds dans les différents domaines qui détermine les grands choix de cotation en fonction de l'intérêt pédagogique de regrouper certains documents traitant d'un même sujet en sous-classes.

De plus, il est important de maintenir une certaine cohérance dans la pratique des élèves : ces derniers auront peut-être plus de facilité à comprendre le fonctionnement de la Dewey dans la mesure où les bibliothèques publiques qu'ils ont pour certains l'occasion de fréquenter sont équipées avec cette classification. Afin d'assurer une continuité des apprentissages entre le primaire et le secondaire, le documentaliste peut aussi tenter d'établir un lien avec les pratiques mises en oeuvre dans les BCD : ainsi si la marguerite était utilisée dans l'école primaire d'où proviennent les élèves d'un collège particulier, il est judicieux de doubler la cote des documentaires d'un code couleur, toujours dans le souci de développer les capacités d'abstraction et d'autonomie des élèves au moyen de l'utilisation du centre de ressources. Ce système attribue une couleur à chaque grande classe de la Dewey afin de faciliter le repérage des documents par les jeunes enfants :

Les autres documents

La fiction

Afin de développer et d'encourager l'autonomie des élèves, il est d'usage dans les CDI de séparer physiquement la fiction des autres documents en utilisant un système de cotation basé sur la distinction des genres littéraires et le classement alphabétique par nom d'auteur. Cette séparation présente un intérêt pédagogique dans les CDI de collèges notamment, car elle permet d'apprendre aux élèves à faire d'une part la distinction entre les oeuvres de fiction et les documentaires, et d'autre part à repérer plus facilement les différents genres littéraires. Enfin, elle fait prendre conscience aux élèves que les deux fonctions essentielles du CDI sont de développer le plaisir de lire et de former à la recherche documentaire.

Ainsi, les ouvrages de fiction peuvent présenter les cotes suivantes :

  • R = Roman
  • C = Conte
  • BD = Bande dessinée
  • N = Nouvelle
  • T = Théâtre

Ces cotes sont suivies des trois premières lettres du nom de l'auteur et de la première lettre du titre (déterminant exclu). Dans le cas d'un roman anonyme ou d'un ouvrage collectif (plus de trois auteurs), ce sont les trois premières lettres du titre (après suppression des déterminants) qui constitueront la cote.

On peut affiner encore ces cotes en précisant aussi les sous-genres :

  • RP = Roman policier
  • RSF = Roman de science fiction

Mais il est possible de s'en tenir à la cote R afin de ne pas pré-orienter les élèves vers un genre particulier. Il est souvent d'usage dans les CDI de doubler les cotes avec une pastille de couleur collée sur le dos du livre. L'objectif est de signaler aux lecteurs potentiels le degré de difficulté des ouvrages pour les guider dans leur choix :

Image:rond_bleu.gif pour les livres "faciles"
Image:rond_v.gif pour les livres de difficulté "moyenne"
Image:rond_r.gif pour les livres "difficiles"

Quant à leur disposition, certains documentalistes séparent les genres sur les rayonnages alors que d'autres préfèrent les mélanger en classant les livres par ordre alphabétique de l'initiale de l'auteur : ce rangement permet de positionner ensemble tous les ouvrages d'un même auteur, quel que soit leur genre, montrant ainsi aux élèves toute l'étendue de sa création littéraire.

Les ouvrages généraux

Dans de nombreux CDI, les documentalistes choisissent de ranger à part les encyclopédies et les dictionnaires sous une rubrique Usuels car en général ces documents sont exclus du prêt. Après avoir donné à ce type d'ouvrage une cote de type U, la distinction à l'intérieur de cette cote peut se faire ensuite au moyen de la Dewey ou de la CDU : 030 ou 03 pour les encyclopédies générales et les dictionnaires encyclopédiques. Quant aux encyclopédies et aux dictionnaires spécialisés, il est plus judicieux de les coter avec l'indice qui correspond au sujet abordé dans le contenu.

Les manuels scolaires

Si certains documentalistes ne prennent pas la peine de les coter, d'autres préfèrent les réunir tous au même endroit et leur attribuer une cote spéciale : M comme manuel puis leur adjoindre un indice tiré de la Dewey ou de la CDU en fonction de la discipline à laquelle ils se rattachent. La cote est alors complétée par les trois premières lettre de l'éditeur, ce qui est plus judicieux à l'heure de consulter ces ouvrages. Ainsi, un manuel de mathématiques édité par Belin portera la cote suivante : M 510 BEL

La troisième solution consiste à adopter un système de classification basé essentiellement sur la discipline traitée par le manuel. Par exemple un manuel d'espagnol 2ème année édité par Bordas sera coté de la façon suivante : M ESP2 BOR

Les périodiques

Un périodique comporte plusieurs articles abordant souvent différents thèmes (exception faite des revues spécialisées). On ne peut donc pas attribuer un indice de classification à tout le numéro traité. La solution consiste donc à classer les périodiques à part, sur un rayonnage spécifique et à les ranger par ordre alphabétique de titre et par ordre chronologique (du plus ancien au plus récent). Sur une étiquette collée en haut à gauche, il est possible d'indiquer la date et le numéro du périodique afin d'en faciliter la recherche.

Les vidéos, Cédéroms, DVD...

En théorie, ils ne sont pas rangés sur les rayonnages dans les CDI car la législation française n'autorise pas leur prêt en milieu scolaire. Chaque document porte une cote qui identifie le support : V pour les vidéos, CD pour les cédéroms...suivie des trois premières lettres du réalisateur ou bien de l'auteur.

On peut très bien choisir aussi d'utiliser la Dewey ou la CDU et établir une cote en fonction du contenu du document, ce qui se révèle finalement beaucoup plus judicieux : 955 par exemple pour une vidéo sur l'Iran. Les oeuvres de fiction (films) quant à elles peuvent être cotées avec l'indice 791. La solution idéale serait de ne pas séparer les supports et de mettre ensemble tous les documents qui traitent d'un même sujet.

Conclusion

Ainsi, lorsque le professeur documentaliste classe et cote des documents, il a toujours en tête que du système mis en place va dépendre la formation qu'il se propose de dispenser aux élèves. D'où la nécessité de prendre toujours en compte leur niveau avant d'envisager un mode d'organisation des ressources disponibles au CDI.

Le professeur documentaliste va aider l'enfant à développer ses capacités logiques : au collège, les élèves vont cheminer vers l'abstraction, ils vont apprendre à passer d'un langage naturel à un langage documentaire et à se poser des questions efficaces lors d'une recherche. Au lycée, l'accent portera sur les capacités de l'élève à accéder à l'information, à la collecter et à l'exploiter de façon efficace. Une classification et un système de cotation adaptés sont donc les outils indispensables à la construction progressive de cette autonomie : ils permettent aux enfants de trouver un cheminement par eux-mêmes tout en se sentant en permanence guidés, rassurés. L'enjeu est important car il s'agit de former de futurs adultes autonomes, capables de se retrouver dans le foisonnement informationnel sans cesse croissant qui caractérise la société moderne.

Sources et liens

  • Site du SCEREN-CNDP : savoirs CDI http://savoirscdi.cndp.fr
  • Site du SCEREN-CCRDP d'Aquitaine : académie de Bordeaux http://crdp.ac-bordeaux.fr/documentalistes/default.asp
  • Université Lille 3: service commun de documentation http://www.scd.univ-lille3.fr/methodoc/dewey/Cours/dewey_premier.htm
  • Le livre bleu des Enseignants-Documentalistes.- Orléans : CRDP, 2002.- 164 p. -(Livre Bleu). Nouvelle édition à paraître en octobre 2005
  • POUPELIN, Michel, MONTHUS, Marie. - Guide à l'usage des documentalistes et de leurs partenaires dans l'établissement. - Paris : Hachette, 1993. - Ressources formation.
  • BAYARD-PIERLOT, J., BIRGLIN, M.-J. - Clés pour le CDI. - Paris : Hachette Classiques, 1994. - Pédagogies pour demain
  • MONTHUS, Marie.- Apprendre l'autonomie au CDI.- Paris : Hachette, 1997. -207 p.
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