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Cyberdocumentaliste en France

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Concernant les métiers de l’Internet, ce qui frappe à l’évidence les esprits depuis le boom numérique planétaire des années 1995-2000, entre effroi et extase, vertige et raison, autisme et ouverture, infopollution à souhait et gai savoir sensible, mythes fondateurs et promesses tenues, est qu’il s’en crée quasi quotidiennement. On trouve, pêle-mêle, webmaster, développeur, designer (y compris designer d’interactivité), hot-liner, rédacteur ainsi que le métier qui nous intéresse dans cette rubrique, cyberdocumentaliste (ou cyber documentaliste), également appelé webdocumentaliste (cybrarian dans le monde anglo-saxon, [1]) quand ce n’est pas Netsurfeur, référenceur, infomédiaire ou encore cyberthécaire.

Essayons dans le cadre synthétique de cet article promu à une large diffusion d’y voir plus clair et de comprendre quelles réalités tant intellectuelles que professionnelles recouvre ce métier émergent.

Sommaire

Définitions

A l’époque de la globalisation où, finalement, tout vaut tout, au moment même où le savoir du monde entier est virtuellement accessible, d’une manière ou d’une autre, nous constatons une hyperspécialisation des métiers qui tournent autour des sites web. Le cyberdocumentaliste échappe toutefois à cette règle.


Les enjeux de la cybernétique

Commençons par le contexte, les contextes : en dégageant bien les termes, du grec kubernetikos, ce mot, lancé par le savant André-Marie Ampère (1775-1836) vers 1834, signifie à l’origine le pilotage d’un navire et, au-delà, l’art de la timonerie, puis, dans une acception dérivée et lourde de sens pour l’avenir, les sciences du gouvernement des hommes. Si ce néologisme connut peu de succès au XIXe siècle, ce qui est plutôt étonnant si l’on se réfléchit en termes de culture-analyse, il connaît sa revanche en 1948 sous la plume du mathématicien Norbert Wiener (1894-1964) dans l’ouvrage fondateur intitulé : Cybernetics : or Control and Communication in the Animal and the Machine [2].

De façon synthétique, la cybernétique peut être définie comme la science du contrôle des systèmes, qu’ils soient vivants ou non. Notre monde, y compris notre monde mental, est intégralement constitué de systèmes imbriqués et en interaction permanente. Peuvent ainsi être à juste titre considérés comme des systèmes : une société, un réseau d'ordinateurs, une machine, une entreprise, une cellule, un organisme, un cerveau, un individu, un écosystème…Les ordinateurs et toutes les machines dites intelligentes que nous connaissons aujourd'hui sont des applications directes de la cybernétique. La cybernétique a aussi fourni des méthodes puissantes pour le contrôle de deux « systèmes » importants: la société et son économie.

Un système cybernétique peut être donc compris comme un ensemble d'éléments en interaction, les interactions entre les éléments pouvant consister en des échanges de matière, d'énergie, ou d'information, ce qui nous intéresse précisément ici. De la cybernétique au cyberespace [3], il n’y a qu’un pas : dans un environnement électronique auquel son cerveau humain est relié, « connecté », par un ensemble de réseaux, le cyberdocumentaliste, documentaliste du Net, va évoluer dans une complexité de lieux de savoirs et d’information (pour ne pas parler de « topoï paradigmatiques virtuels » [4]), et dans une foultitude de banques de données, gratuites et payantes. Soit dit en passant : on peut même avancer qu’il n’y a jamais eu aujourd’hui autant de « productions culturelles » (de « savoirs ») sans culture authentique, vivifiante et valable en amont.Le pire y côtoie le meilleur. Tout est là.

Si l’on peut affirmer que l’information est en quelque sorte calculable, le savoir, lui, est infini. Quel(s) rôle(s) le cyberdocumentaliste va-t-il (peut-il) jouer dans cet univers en expansion agi par des enjeux et des stratégies polymorphes, au contact direct, différé ou indirect de publics de plus en plus diversifiés ?


Le cyberdocumentaliste: un métier polyvalent

Tentons cette définition: est cyberdocumentaliste celui ou celle dont la mission fondamentale est la recherche d’information et de documentation dans toutes les sources disponibles sur la toile. Sa spécificité parmi d’autres métiers déjà très spécialisés, à l’instar de son homologue traditionnel, le documentaliste travaillant à partir du support papier, est sa polyvalence. Avec passion, il sélectionne les sites aux contenus les plus intéressants, mais aussi et surtout les plus pertinents et les plus fiables de sorte que les internautes avisés et les autres, bien souvent avides de données essentielles, légales et de qualité, instantanément réutilisables ou transférables, puissent gagner un temps précieux. Dans une organisation sociale mondialisée telle que nous en faisons chaque jour l’expérience, techniciste et productiviste, Time is Money, n’est-ce pas ? [5][6]

Sa recherche d’informations précises va de pair avec le classement et la diffusion de celles-ci : le cyberdocumentaliste, disposant d’une palette souvent impressionnante d’outils intelligents, se comporte en quelque sorte à la façon des moteurs de recherche, mais avec plus d’intuition, lançant, par mot-clé, ses requêtes dans les gisements du World Wide Web [7] comme dans les dossiers de son contexte professionnel. Il est ainsi amené à créer et à tenir à jour un ou plusieurs annuaires de sites comprenant les pages les plus ad hoc par thème ou catégorie qu’accompagne la rédaction d’un argumentaire descriptif.

Son environnement de travail peut être celui du service public comme celui de l’entreprise ou du cabinet spécialisé. Mais il peut aussi être un travailleur indépendant. Dans tous les cas, il crée une relation dense et assure le suivi entre des demandeurs-destinataires divers (usagers, managers, consultants, particuliers, clients, etc.) et des ressources stockées, voire archivées, ou à recueillir.

Profil et compétences

L’expertise en recherche documentaire et la veille informationnelle font appel à une curiosité native, une vivacité d’esprit, un sens de l’organisation, du discernement, une capacité d’adaptation aux changements souvent rapides, une « réactivité » ainsi qu’une capacité à l’auto-évaluation et à la remise en question. D’un trait, un potentiel initial fort et articulé.

Outre une bonne culture générale ainsi que d’évidentes qualités rédactionnelles et de conception (synthèses, notes bibliographiques, dossiers documentaires, revues de presse, bulletins d’information, guides de sites, etc., dans sa langue maternelle comme dans l’anglais, oral et écrit), le cyberdocumentaliste doit savoir maîtriser les outils de recherche en les utilisant avec pertinence, l’indexation et le catalogage dans le cadre, par exemple, de la gestion d’un centre de documentation ou de la gestion de bases de données. Une fois l’activité de recherche terminée, il doit faire preuve de rigueur en vue de hiérarchiser les informations les plus actualisées, puis les organiser afin d’en faciliter la consultation : pour ainsi dire, un Hermès herméneute.

Nécessaire également sa familiarité avec les outils bureautiques courants et les formats de communication électronique. Parce qu’il a une mission de médiateur qui l’amène à connaître finement les besoins de publics hétérogènes versatiles et à les anticiper, le cyberdocumentaliste joue également le rôle de conseil en communication : des qualités de pédagogue et de formateur sont attendues. Sa polyvalence l’autorise à exercer aussi bien à domicile que sur tous les terrains : de la grande entreprise (par exemple, les grands moteurs de recherche ou les fournisseurs d’accès) aux PME-PMI, des cabinets d’avocats aux chambres de commerce et d’industrie, des médiathèques aux universités, des ministères aux organismes internationaux, et dans tous les secteurs d’activité.


Formation curriculaire

  • Niveau : bac + 3 à bac + 5, et troisième cycle.

La majorité des cyberdocumentalistes est diplômée de l’enseignement supérieur. Une formation en documentation se révèle indispensable, car elle constitue le cœur de métier.

  • Quelques exemples représentatifs de formations hexagonales [8] :
    • Licence d’Information et de Communication
    • Licence Professionnelle Ressources documentaires et bases de données
    • Licence Ingénierie en documentation d'entreprise
    • Master Gestion du document et de l'information
    • Master Intelligence économique et communication stratégique


Salaire

Le salaire moyen d’un cyberdocumentaliste en France est de l’ordre de 1800 à 2300 € brut par mois en 2007.

Evolution culturelle

Né avec l’explosion de l’Internet, phénomène d’une ampleur inédite même s’il est encore légitime d’émettre des réserves quant à sa dimension dans certaines parties du monde [9], le cyberdocumentaliste, aux contours professionnels bien dessinés, est a priori appelé à un bel avenir : avec pour atout les multiples qualités du documentaliste, à l’affût des avancées technologiques sans être un pur technicien, ses compétences transversales en font un métier au pouvoir attractif et valorisant.

A ce portrait flatteur, il convient d’apporter une atténuation : que le cyberdocumentaliste soit de facto un médiateur intellectuel est indéniable. Qu’il ait un rôle de filtre efficace, rapide et opératoire est incontestable. Mais n’aimerait-il pas, en conscience ou non, nous conduire, entre saturation et satisfaction, vers une sorte d’opus magnum qui serait sa bibliothèque virtuelle idéale ? Cette tentation, à tout le moins dangereuse, n’est-elle pas déjà observable ici ou là ? La question mérite d’être posée.


Pour aller plus loin

Bibliographie

  • Clerté, Jennifer : Desktop Search : voyagez au coeur de votre ordinateur, Netsources, connaître et bien utiliser l'Internet professionnel, n° 56, mai-juin 2005, p.1-5
  • Doury-Bonnet, Juliette : La fin du catalogage, Bulletin des Bibliothèques de France, 2005, t. 50, n° 1, p.86-87
  • Prax, Jean-Yves : Le guide du knowledge management : concepts et pratiques du management de la connaissance, Paris, Dunod, 2000, 266 p.
  • Samier,Henry et Sandoval, Victor : La veille stratégique sur l'Internet, Paris, Lavoisier, 2002, p.50-55
  • Tarondeau, Jean-Claude : Le management des savoirs, coll. "Que sais-je ?", Paris, PUF, 2002, 2e éd., 127 p.
  • Wiener, Norbert : Cybernetics or control and communication in the animal and the machine, Paris, Hermann et Cie et Cambridge (Mass.), The MIT Press, 1948


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