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Documentaliste, un métier au féminin?

Un article de DokuPedia.


L'ADBS réalise tous les 10 ans une enquête sur la situation professionnelle des documentalistes. Ces études se contentent d'établir un constat de la situation des professionnels sans la remettre en cause. Le métier de documentaliste a une image sociale floue, les dénominations étant très variées, ce métier recouvrant des réalités très différentes. Au milieu de cela ressurgit le symbole de la documentaliste représentée dans les esprits des usagers. Grâce à différentes approches, nous allons tenter de cerner la représentation sociale du métier de documentaliste.

Récapitulons le rôle et la fonction de ce métier : le documentaliste est chargé de rechercher, collecter, traiter et analyser l'information sur n'importe quel support, à l'aide des techniques mises à sa disposition afin de pouvoir la diffuser auprès de profils d'usagers prédéfinis, au bon moment, voire en anticipant, dans les meilleurs délais et de la façon la plus adaptée.

Nous nous attacherons à la portée symbolique du documentaliste. Cet article ne vise pas à donner mathématiquement les traits du documentaliste mais à proposer des pistes quant à la construction sociale autour de ce métier.

Sommaire

Circonstances de la féminisation du métier de documentaliste


Processus de féminisation du travail au cours de l'histoire et appréhension de ce que l'on entend par masculin et féminin


Les études prenant appui sur l'anthropologie ou la sociologie abondent. Nous pouvons nous intéresser au travail de Paola Tabet qui portait sur la division sexuelle du travail à travers l'étude des outils. D'autre part, Claude Lévy-Strauss appréhende la division sexuelle du travail "comme un moyen d'instituer un état de dépendance réciproque entre les sexes". Selon Bourdieu, il faudrait s'attacher à la différence biologique entre les sexes qui pourrait justifier naturellement de la différence socialement construite entre les genres, et en particulier de la division sexuelle du travail.


Avant d'aborder cette problématique, il est important de rappeler que Georges Friedmann et Pierre Naville ont porté leurs études sur un aspect asexué du travail. Il se sont intéressés sur le monde de "l'ouvrier". D'autre part, les premières recherches sur l'activité féministe furent menées dans les années 60 par quatre femmes pionnières, Madeleine Guilbert, Viviane Isambert-Jamati, Andrée Michel, Evelyne Sullerot, qui introduisirent la figure de l'ouvrière et la question des différences entre travail masculin et féminin dans le champ sociologique. Dans les années 70, de nombreuses femmes sont intégrées dans des instituts de recherches (CNRS,universités).


Dans les années 90, la réflexion porte sur la différence des sexes sur le marché du travail et l'évolution de l'emploi féminin devient un véritable objet d'étude. De nombreux facteurs expliquent l'évolution du travail féminin, notamment la salarisation du travail, la tertiarisation à partir du XXe siècle, les événements historiques comme les deux guerres, ont joué un rôle dans la féminisation du travail. Les femmes ont occupé surtout dans la 1ère moitié du XXe siècle des emplois de services.
Parallèlement, d'autres événements n'ont pas été favorables à l'essor du travail féminin. Tels que la crise économique de 1929 qui entraîne la fermeture de certains concours dans les ministères aux femmes en 1931, le début d'une campagne contre le travail féminin en 1931, et une prime pour les femmes au foyer en 1938. Le régime de Vichy continue dans cette voie en mettant en place des restrictions législatives au travail féminin et en présentant la famille comme modèle et "unité organique" du fonctionnement social et territoire légitime de l'activité féminine.
Cependant, une idée force favorable au travail des femmes doit être retenue : avec la Constitution de 1958, les femmes obtiennent l'autorisation de travailler avec le consentement de leur mari.


Actuellement, les métiers dits "mixtes", "accessibles tant aux femmes qu'aux hommes", sont en premier lieu qualifiés comme de nouveaux métiers - l'informatique, les secteurs environnementaux, le marketing - libérés de schémas sociaux préexistants et notamment du préconçu selon lequel il existe depuis toujours des territoires strictement masculins ou féminins. De plus, aucune activité ne nécessite désormais de prédisposition "naturelle" ou "physique", comme dans le bâtiment ou l'industrie lourde, à son exercice. D'ailleurs, la naissance du métier de documentaliste semble coïncider avec cette conjoncture économique favorable. Ce qui explique qu'un grand nombre de femmes aient pu s'orienter vers ce métier de service.

Naissance, pionniers et pionnières de la documentation


Il est intéressant, avant de s'attacher à cette partie, de rappeler que la masse documentaire s'accroît fortement après la seconde guerre mondiale, entraînant la multiplication des services et des centres de documentation dans les entreprises des secteurs économiques les plus actifs : charbon, acier, pétrole, textile. Afin de répondre au développement des activités d'information, l'industrialisation croissante de la France engendre une activité documentaire intense tant dans le secteur public (administration) que privé (entreprises). Des méthodes et des techniques propres au traitement d'une information spécialisée apparaissent.


Intéressons-nous plus précisément maintenant, aux acteurs qui ont contribué à la naissance et à la construction de cette discipline. En effet, de nombreux hommes et femmes en sont à l'origine et ont fait de la documentation ce qu'elle est aujourd'hui. Si les hommes avaient plutôt un rôle de théoricien comme Paul Otlet, Henri Lafontaine ou Eric de Grolier..., les femmes, elles, ont véritablement été les pionnières de cette discipline.
Bibliothécaires à l'origine, comme Suzanne Briet (1894-1989), elles se sont progressivement investies dans la documentation. L'objectif des femmes pionnières en documentation, telles que Louise-Noëlle Malclès, Yvonne Oddon, Georgette de Grolier, Myriam Foncin, Suzanne Briet, etc, était de former les utilisateurs afin qu'ils maîtrisent mieux les outils d'accès à l'information. Au lieu de garder pour elles les compétences qu'elles avaient acquises, elles mettaient en place des formations pour que les usagers, leurs principaux interlocuteurs, puissent en profiter. Elles réfléchissaient selon la logique de l'usager finale. Elles organisaient la médiation entre l'information et l'usager. Parallèlement, des formations se développèrent pour les futurs professionnels afin qu'ils puissent maîtriser les outils d'accès à l'information, voire créer de nouveaux outils documentaires.


Evoquons seulement une femme, sans pour autant oublier toutes les autres, qui fut surnommée "Madame Documentation" en raison de son rôle pionnier dans cette discipline : bibliothécaire, documentaliste, historienne, féministe, Suzanne Briet fut l'une des figures marquantes de la profession de documentaliste de la première partie du XXe siècle. Elle joua un rôle décisif dans le développement de la documentation au cours des années 1930 et fut ensuite très active au sein de l'Union Française des Organismes de Documentation (UFOD) et de l'Institut national des techniques de la documentation (INTD). Son manifeste sur la nature de la documentation, publié en 1951, constitue toujours un ouvrage de référence pour l'histoire et la théorie de la science de l'information. Elle y explore la définition du mot document et met l'accent sur les nouveaux et nombreux services actifs d'informations et de documentation, saluant la naissance d'une nouvelle profession : celle de documentaliste.


Comme l'attestent différentes études menées par l'ADBS, lors d'une enquête en 2005 sur les métiers de la documentation, les rémunérations, les pratiques, les niveaux de formation, les outils utilisés, les mobilités..., 86% des répondants sont des femmes et 39 sont dans la tranche des 25-34 ans. L'objectif est de tenter de comprendre les raisons pour lesquelles ce métier est exercé par un si grand nombre de femmes : est-ce en raison d'une conjoncture économique favorable - développement du secteur tertiaire et augmentation de l'activité féminine dans ce secteur, reconversion des secrétaires dans ce nouveau métier de service, possession des qualités requises pour ce métier,...? C'est ce que nous allons essayer d'étudier.

Un métier exercé principalement par des femmes


On reconnaît aux femmes documentalistes des qualités dites naturelles comme le sens de l'organisation, la patience, le dévouement aux autres, etc. Il suffirait donc à ces dernières de transposer ces qualités "naturelles" sur le marché du travail pour répondre aux critères de recrutement. Mais il faut souligner que ces qualités requises, qui peuvent d'ailleurs aussi bien émaner d'une femme que d'un homme, construisent le métier de documentaliste comme féminin alors qu'il était mixte à l'origine.


Serge Cacaly, maître de conférences à l’Université de Marne-la-Vallée, avait déjà souligné que l'âge moyen d'une femme documentaliste, en 1985, était de 35 ans. D'autre part, un questionnaire, constitué de questions ouvertes et fermées a été soumis à la liste de diffusion de l'ADBS au début de l'année 2002. Le profil du documentaliste se dégage : une femme d'environ 35 ans, issue d'un baccalauréat littéraire, ayant suivi une formation en Information-Documentation de niveau bac+5. Ce portrait n'a pas évolué si l'on prend en compte le sexe, l'âge et le baccalauréat, par contre il a changé en ce qui concerne le niveau de diplôme obtenu. Cependant, d'autres caractéristiques vont se dégager progressivement au cours de la réflexion.


Ce qui pourrait expliquer que ce métier est symbolisé surtout par la femme, c'est que les hommes ont parfois une vision négative du métier. En effet, depuis 1970, de nombreux rapports commandités par l'ADBS statuent sur la situation quelque peu précaire des documentalistes : statuts mal définis, salaires peu élevés, image sociale dévalorisée. Outre cela, ils semblent souffrir d'une méconnaissance, voire d'une non-reconnaissance, de leur activité longtemps considérée comme une charge supplémentaire plutôt que comme une valeur ajoutée. Ceci engendre donc des difficultés pour démontrer leur utilité, pour prouver leur efficacité et enfin construire leur identité professionnelle.


On peut retenir cinq raisons permettant d'expliquer ce phénomène de sous-représentation de l'effectif masculin dans ce métier. Tout d'abord, il s'agit de la connotation féminine liée au métier de documentaliste. En effet, c'est un métier où les hommes sont largement minoritaires. De plus, il est probable que le préjugé selon lequel un métier, parce qu'il est féminin, est dévalorisé, soit encore fortement ancré dans les esprits. Autant, les hommes se sentent menacés lorsque les femmes s'orientent vers des métiers dits masculins, autant ils semblent quelque peu réticents à entrer dans le monde des femmes. Mais il ne s'agit que d'hypothèses, et il semble que les hommes s'orientent vers d'autres métiers de l'Information-Documentation.
Outre la féminité du métier s'ajoute la traditionnelle assimilation à la bibliothécaire. Et cette fois-ci, non seulement le bibliothécaire est une femme mais en plus, elle est décrite comme une "vieille fille au chignon et aux lunettes", de quoi dissuader les plus motivés.


Cependant, le problème semble plutôt être la confusion qui existe entre les métiers de bibliothécaire et de documentaliste : à la logique de conservation des documents est opposée celle de gestion du contenu des documents. Si aujourd'hui les fonctions et le contenu du métier de bibliothécaire évoluent et se rapprochent de ceux du documentaliste, les images de la secrétaire, de la bibliothécaire sur son échelle et parmi ses livres ou qui se cache derrière son comptoir sont encore très présentes dans les esprits. En effet, Anne-Marie Chaintreau et Renée Lemaître ont bien souligné, dans leur ouvrage, l'image négative véhiculée à propos des bibliothécaires dans l'opinion publique par le cinéma et la littérature. Du "vieillard chauve" au "savant fou", par le "censeur" et "l'espion", "vivant dans la poussière", "les échelles et les piles de documents", le professionnel des bibliothèques, aussi bien que celui de la documentation, serait représenté comme le "gardien d'un savoir redoutable".


De plus, le métier de documentaliste souffre d'un problème d'identité, d'une image floue ainsi que d'un manque de reconnaissance et de valorisation. Certes, ce constat peut apparaître pessimiste dans la mesure où l'image du documentaliste tend à s'améliorer du fait de son rôle de mieux en mieux reconnu par les entreprises qui requièrent leurs services. En effet, les entreprises ont progressivement pris conscience de la nécessité stratégique de gérer les flots d'information.


Comme il a été précisé plus haut, tous les 10 ans, l'ADBS dresse un bilan du métier. Le dernier bilan paru en 1998 révélait que les rémunérations s'échelonnaient entre 9147 euros (avec un temps partiel) et 36588 euros et que le salaire moyen d'un professionnel de l'Information-Documentation se situait vers 22105 euros. Des facteurs interviennent dans la détermination de la rémunération : le niveau du diplôme, l'âge du candidat, le sexe. Sauf exception, les salaires des professionnels de l'information n'atteignent pas des niveaux exceptionnels. Il faut souligner que l'échelle des salaires est très variée du fait de la diversification des métiers liés au secteur de l'Information-Documentation. Cela dépend des postes occupés, des responsabilités, du statuts de l'organisation (entreprise publique, privée, association). Le niveau de salaire aujourd'hui pour un débutant tourne autour de 18.5 à 24.5 K Euros bruts par an.


Concernant le statut du métier de documentaliste, il faut ajouter que des associations professionnelles ont joué et jouent encore un grand rôle dans la reconnaissance du statut des documentalistes : elles sont l'interlocuteur privilégié entre l'État, l'entreprise et le documentaliste. L'ADBS, par exemple, a créé en son sein une commission «Statut» qui a beaucoup travaillé à la mise en place du concours interministériel de chargé d'études documentaires et qui travaille désormais pour la catégorie B. L'ADBS propose aussi une certification pour promouvoir les acquis professionnels des documentalistes qui ne possèdent pas de diplômes professionnels mais qui exercent leur métier depuis très longtemps : elle leur permet de valider leurs acquis. C’est la reconnaissance d'un «savoir-faire», par la profession «en dehors de tout cadre figé». La certification deviendra même européenne grâce au projet CERTIDoc. Nous voyons les efforts ici faits pour dédramatiser de la situation de documentaliste qui est restée un certain temps un "métier dans l'ombre". On peut conclure ici, qu'il faut être cadre, travailler dans un secteur rémunérateur ou exercer un autre métier de l'Information-Documentation pour percevoir un salaire plus convenable.


D'autres facteurs de dépréciation de ce métier sont dû à certains préjugés. En effet, le métier de documentaliste peut-être perçu comme un métier peu technique, ne demandant que des compétences et collage (en exagérant un peu) insuffisamment axé sur les technologies de l'information, etc. Or, c'est tout le contraire, le métier de documentaliste nécessite de plus en plus des compétences techniques et technologiques pour la conception de logiciels documentaires, la veille, l'intelligence économique, etc. L'idée selon laquelle le métier attirerait plus d'hommes sous prétexte qu'il se technicise davantage conforte le préjugé selon lequel la technique est exclusivement liée au sexe masculin. Par conséquent, il s'agit d'une fausse raison pour tenter d'expliquer cette relative "désertion masculine".
Malgré toutes ces raisons qui peuvent dissuader certains hommes, il n'est pas rare, fort heureusement, que ces derniers exercent le métier de documentaliste. Il y a environ 80% de femmes lorsque l'on visite les centres de documentation. D'après des études, on peut en déduire que les hommes sont présents surtout en temps que responsables. De plus, on peut supposer que les hommes tendent à s'orienter vers d'autres métiers de l'Information-Documentation et que, par conséquent, ils ne sont pas comptabilisés dans les effectifs des documentalistes. D'après une étude de l'ADBS, 87% des personnes qui exerçent dans ce métier, sont des femmes et 14%, des hommes.

L'avenir du métier de documentaliste : vers le professionnel de l'information?


De plus en plus d'hommes grâce à l'aspect technique du métier ?

Remarquons, que non seulement, les femmes se sont adaptées au changement des techniques, mais en plus, la valeur du métier qu'elles exercent dépend de son degré de technicité. Ce comportement est caractéristique de la situation des années 2000 puisque les demandes de double formation, en informatique par exemple, deviennent de plus en plus fréquentes. Il est essentiel de maîtriser l'indexation, le catalogage, la gestion électronique des documents (GED) et bien sûr la maîtrise des logiciels documentaires. On peut supposer par ailleurs que les hommes intéressés par la technique ne deviennent pas "documentalistes" au sens strict du terme dans la mesure où ce métier est souvent méconnu par le grand public et qu'il n'a pas une image de métier technique. Or, le paradoxe est que ce métier est de plus en plus technique. La plupart des hommes qui suivent des études en informatique deviennent consultants en organisation documentaire, ingénieurs en informatique, administrateurs de bases de données, concepteurs de logiciels documentaires, webmestre, mais pas documentalistes. Ce sont les autres métiers de l'Information-Documentation qui profitent de leurs compétences en informatique. Pour l'instant, il semble que les hommes s'orientent vers des professions à dénominations plus pompeuses, donc plus rémunératrices. Toutefois, il faut noter que le documentaliste est un professionnel de l'information.


Une question vient soulever une autre problématique importante. En effet, l'essor des technologies peut-il justifier une présence accrue des hommes dans le métier de documentaliste? Le monde des technologies étant essentiellement un univers d'hommes et prenant une place de plus en plus importante dans le métier de documentaliste notamment, il paraîtrait légitime de se demander si l'avenir du métier est masculin. Cette supposition implique que l'on cautionne le préjugé traditionnel qui associe la technique au sexe masculin, ce qui n'est pas encore notre intention. D'autre part, il est probable que les hommes viennent gonfler les effectifs, du moins sur le court terme, dans la mesure où les hommes documentalistes déjà en activité ne privilégient pas le caractère technique du métier. On peut supposer, étant donné la faible évolution des proportions hommes-femmes, que le métier n'est pas voué à devenir masculin pour le moment. Il faudrait d'abord que les caractéristiques peu attractives du métier de documentaliste soient améliorées pour que les hommes s'intéressent à ce métier.

Non, les hommes deviennent des "professionnels de l'information"


Il s'agit de distinguer désormais le secteur d'activité Information-Documentation qui regroupe l'ensemble des métiers et chacun des métiers qui accomplissent différemment la même fonction. Bref, le terme paraît, pour beaucoup de professionnels, trop restrictif et semble ne plus correspondre à la réalité. Et de plus en plus de documentalistes tentent de se débarrasser de cette dénomination parfois pénalisante et fortement connotée pour la remplacer par une autre appellation à l'aspect plus prestigieux : "professionnel ou gestionnaire de l'information".
On aurait tort d'oublier que ces "professionnels de l'information" sont les héritiers des documentalistes (et des bibliothécaires). Le développement des technologies ont fait prendre conscience de l'importance de l'information notamment du côté des entreprises. Du coup, les documentalistes investissent de plus en plus le secteur privé, leurs fonctions se voient revalorisées et leurs postes deviennent stratégiques. Symbolique de cette évolution, le documentaliste à l'image vieillotte et poussiéreuse se modernise et tend à changer de nom. Dans certains secteurs, on l'appelle aujourd'hui "cyberdocumentaliste", "netsurfeur", etc.
Mais est-il toujours question du même métier ? Oui, si l'on considère que ces "nouveaux professionnels" continuent à gérer de l'information et ont un rôle de médiation. Dans une autre configuration, il ne peut s'agir d'un documentaliste. Un webmestre, même s'il manipule de l'information, n'est pas un documentaliste parce qu'il n'en a pas la formation. Par contre, un documentaliste peut s'improviser, grâce à des stages, un peu webmestre ou knowledge manager sans pour autant approfondir la fonction. Il faut donc en déduire qu'un "documentaliste" doit être désormais un "professionnel de l'information".

Vers la capitalisation et la complémentarité des compétences de chacun


On peut se demander quelles tendances se dégagent pour l'avenir : un partenariat mixte ou bien un isolement encore plus prononcé des hommes et des femmes au sein du métier de documentaliste ? Quels sont les moyens à mettre en oeuvre pour parvenir à cette collaboration entre les sexes ?


Qu'il soit homme ou femme, le documentaliste a un rôle à jouer dans l'avenir du métier. Si chacun possède des qualités acquises lors de son éducation, de son apprentissage scolaire puis des compétences et des savoir-faire dans le cadre de son métier, il doit être possible de les capitaliser et faire en sorte que les tâches de chacun soient complémentaires. La profession a besoin d'individus qui possèdent différentes casquettes. En effet, le documentaliste doit parfois s'improviser un peu veilleur, un peu webmestre, un peu manager, animateur, pédagogue. D'autre part, concernant la mixité, alors qu'une double formation, notamment scientifique, est fortement recommandée pour exercer le métier de documentaliste, on se rend vite compte que la plupart des professionnels concernés sont issus de filières en sciences humaines. Ceci peut s'expliquer en partie par le fait que l'option documentation, proposée dans plus de 70 licences dans les années 2000, reste peu suivie ou rarement proposée dans les filières scientifiques. Si l'on s'intéresse aux résultats généraux du baccalauréat scientifique en 2001, on se rend compte qu'il a été obtenu par 55.5% de garçons contre 44.5% de filles. Donc logiquement, au vu des exigences du métier de documentaliste en terme de formation scientifique, il devrait y avoir plus d'hommes.


Au cour de ces dernières années, les formations, que ce soit les licences, les maîtrises ou les DESS sont majoritairement suivies par des femmes. L'équilibre tend tout de même à s'installer lorsque la formation s'éloigne quelque peu de l'univers proprement dit de la documentation pour s'orienter vers des disciplines comme le management de l'information dans l'entreprise par exemple. Il n'est pas étonnant de trouver un équilibre entre les sexes dans le DESS "gestion de l'information dans l'entreprise" de Sciences Politiques dans la mesure où il est fortement recommandé d'avoir, entre autres, de bonnes compétences en informatique. Ce genre de formations attire les hommes qui ont suivi un cursus en informatique ou en mathématiques et qui souhaitent exercer un métier de l'information.


Les enseignants formateurs en documentation doivent réfléchir aux évolutions possibles des formations plus ou moins récemment mises en place pour faire en sorte qu'elles intéressent davantage les hommes. Il semble que les compétences de ces derniers dans d'autres domaines de connaissances représentent une véritable valeur ajoutée pour le métier de documentaliste ou les autres métiers de l'Information-Documentation.

Voir aussi

Suzanne Briet fut l'une des trois premières femmes bibliothécaires professionnelles nommées à la Bibliothèque nationale de France.

  • CHAINTREAU, Anne-Marie ; LEMAITRE, Renée : Drôles de Bibliothèques, Paris, Cercle de la Librairie, 1998, 415 p.
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