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Documentation et culture orale
Un article de DokuPedia.
Cet article veut présenter quelques pistes de réflexions sur la confrontation entre la documentation et la culture orale, que l’oralité soit une composante prédominante de la société ou non.
Définitions.
Culture orale et oralité de la culture.
- Oral : « de vive voix ». Il y a la voix, la parole, la présence. Et en face,
la présence, l’écoute. La culture orale est à la base de la création de l'individu, de sa communication, de sa pensée.
- Parler de culture orale, c’est parler d’un comportement collectif et d’un mode de transmission qui passent par l’oral et par opposition à ce qui est écrit. Il faut savoir que sur environ 3 000 langues existantes, une centaine seulement s’écrivent.
- Ainsi toute culture possède un caractère oral. La culture orale est même une composante inhérente et en perpétuelle évolution de toute société : que ce soit par le chant, le rite, un dialecte, même le silence ; ou bien encore à travers ce qui touche au langage corporel, comme la danse qui se transmet de génération en génération par ce moyen. Protéiforme, la culture orale est du domaine du mouvant, de l'immatériel parce qu'elle est du ressort du vivant, du matériau qui se pétrit sans cesse.
Culture orale et culture traditionnelle.
Un certain nombre de cultures traditionnelles sont basées sur une grande prédominance de l’oralité qui influence leur rapport au monde.
- La proximité spatiale est essentielle, en particulier dans la communication, ce qui implique un nombre restreint de membres;
- La mentalité collective fait primer les intérêts du groupe sur les intérêts individuels;
- Un rapport d’intuition immédiate avec la totalité de l’univers, sans que ce dernier soit analysable ou morcelable en catégories rationnelles.
Culture orale et document.
Pour qu’il y ait documentation, il faut qu’il y ait document. Le document dans la culture orale est lié à la vie, c’est la personne elle-même qui est un document : son corps, les sons qui sortent des lèvres, les mouvements... La production est liée au corps, elle est éphémère. L’art – comme les sculptures - ne cherche pas à figer le temps, à fixer le passé. Au contraire il continue à vivre, à évoluer, comme par exemple le mythe, contrairement à l’histoire contenue dans les livres.
Oral et écrit.
Les sociétés d’Afrique noire, qui sont depuis longtemps au contact de l’écrit, ont fait le choix de l’oralité. Cela peut s’expliquer par la place de la parole, ciment de la communauté et de l’harmonie sociale. Chez les Dogons, l’écrit étant réservé à des initiés, il est le lieu du secret; et du passé colonial, il a hérité un rapport avec le pouvoir et la marque d’une certaine intelligence.
Sens et distance.
Le passage de l’oral à l’écrit est souvent considéré comme un appauvrissement par rapport à la richesse et à la diversité sensorielle de la transmission orale : cadre, odeurs, présence de l’orateur, postures, gestes, faconde, modulations de la voix, musique, mélopée, techniques vocales ; de tout cela, l’écrit retient une mise en forme figée par les lettres.
L’écrit quant à lui est souvent présenté comme favorisant la prise de distance et donc l’esprit critique. Il tendrait à développer l’individualisme par l’appropriation et l’acquisition d’un savoir personnel, et des capacités d’analyse et d’imagination. Or, ceci peut s’opposer à ce rapport d’intuition immédiate avec la totalité de l’univers, et pourrait expliquer une inadéquation complète avec l’écriture qui sépare et catégorise.
Dans le sens d’une complémentarité.
Mais dans tous les cas, l’opposition entre ces deux mondes est loin d’être aussi tranchée qu’une simplification rapide pourrait laisser à penser et les va-et-vient entre eux demeurent complexes. Le CMLO– Centre Méditerranéen de Littérature Orale – creuse d’ailleurs l’idée et la pratique de développer la maîtrise du langage oral par l’art du conte (« l'écrit avec la bouche ») afin de lutter contre l’illettrisme.
La tradition orale, la transmission par la parole et la mémoire.
On rappelle souvent la phrase d’Amadou Hampaté Bah, homme de lettres malien : « en Afrique, un vieillard qui meurt est comme une bibliothèque qui brûle ». On voit combien cette phrase s’adresse à des Occidentaux : l’image de la bibliothèque est représentative : en Occident, la bibliothèque qui représente la transmission du savoir par l’écriture ; en Afrique, la personne présente, âgée, qui a accumulé un savoir par sa vie, par ses rencontres et par le fait même d’avoir survécu toutes ces années et qui transmet aux plus jeunes.
La tradition orale.
Nombre de cultures se sont développées en utilisant uniquement comme moyen de transmission de l’information la parole humaine et la mémoire comme outil de stockage. La tradition orale constitue la documentation qui a permis et permet encore de transmettre la culture orale. Elle est à la fois, tout comme la documentation, le processus de transmission et l’ensemble des faits culturels oraux.
Ce domaine est donc extrêmement vaste. Il comprend :
- La langue, les traditions et les expressions orales;
- La littérature orale : contes, mythes des origines, aventures épiques, poésie lyrique, devinettes, les généalogies parfois racontées sous forme de poèmes dynastiques...
- Les arts du spectacle;
- Les pratiques sociales tels les rituels, les fêtes;
- Les savoirs et savoirs-faire liés à la nature et à l'environnement social, les recettes et techniques.
L’éloquence y est souvent un art à part entière. Au Rwanda, la musique véhicule l’histoire, les valeurs, les usages ; elle met en valeur la beauté de la langue par des techniques vocales spécifiques. Tandis qu’au Burkina Faso, les « parentés à plaisanterie » liens les clans, les ethnies ou les corps de métier différents, préservant par là même la paix sociale.
La fonction de la mémoire.
Le « medium » principal de la tradition orale, la mémoire, effectue un tri, classe et choisit de façon tout à fait personnelle. La tradition orale n’a pas la même fonction que la documentation dans la culture écrite.
- La documentation vise à permettre de se créer une culture individuelle. La tradition orale vise d’avantage à être le dépositaire de la mémoire collective, le garant des coutumes et s’adapte constamment aux rapports sociaux.
- La pertinence pour la tradition orale est de s’adapter à la situation actuelle, tandis que la pertinence en documentation consistera davantage dans sa fidélité ou son exactitude au texte, au fait initial.
Ces éléments montrent combien il peut être délicat d’utiliser la tradition orale comme documentation, et déjà comme document. Ce document n’est jamais figé et n’est qu’une indication temporelle et peut-être extrêmement locale. Il faut prendre en compte la rencontre interculturelle entre deux mondes, celui de la graphosphère et celui de l’oralité. L’historien qui souhaite utiliser ce matériau doit prendre en compte le fait que le document oral n’est pas un document fidèle, inchangé. Aussi ce type de document est-il bien difficile à intégrer à d’autres sources historiques.
Les utilisations de la documentation dans les cultures traditionnellement orales.
Utilisation et fréquentation des documents écrits.
Les livres, source d’acculturation.
Les données quantitatives restent faibles en ce qui concerne par exemple la fréquentation des bibliothèques. Mais dans ces pays, la multiplicité des langues et la pauvreté de l’édition locale font que peu de livres sont disponibles dans les langues parlées par les populations.
- 90% des livres vendus dans 19 pays d’Afrique francophone sont importés.
- Dans l’ensemble de ces pays, on compte 635 bibliothèques et centres de documentation. Les ouvrages sont usagés, anciens, peu attrayants dans leur présentation comme dans leur contenu, souvent inadapté aux publics.
Les livres disponibles en Afrique sont majoritairement écrits en anglais ou en français, ce qui demande deux acculturations :
- l’une est d'apprendre à parler une langue étrangère. Au Mali par exemple, environ 10% de la population maîtrise le français.
- l’autre d’apprendre à la lire et à l’écrire.
Le développement de l’édition en langue locale devient d’ailleurs une préoccupation grandissante dans plusieurs pays africains. Même si la censure politique dans certains pays prend l’écriture à parti : ainsi Ngugi wa Thiong’o a-t-il été pendu pour avoir écrit une pièce de théâtre en kikuyu.
Aujourd’hui, pour prendre le cas de nombreux pays d’Afrique, l’analphabétisme est très important. Mais lier cet analphabétisme ou cet illettrisme à la prégnance de la culture orale serait effectuer un raccourci lapidaire. Aussi faut-il se garder de toute simplification hâtive en ce qui concerne le rapport de populations dont la culture est largement orale avec les documents écrits.
L’oralisation des documents écrits.
L’appropriation de l’écriture passe par différents moyens, dont celui de le relier à l’oral.
Au Pérou, dans les campagnes, grâce à un réseau de bibliothèques, s’est développée chez les lecteurs une lecture à haute voix recréant une oralité de la transmission. Les livres empruntés sont lus par les enfants ou les hommes, les femmes écoutent, demandent qu’on leur emprunte des livres sur un sujet en particulier.
Cette pratique, étendue parfois à des cercles de lecture villageois réconcilie les deux traditions, permet l’entraînement et l’amélioration des lecteurs. Elle élargit également le nombre de livres : la lecture d’intensive - c’est-à-dire la lecture répétée d’un nombre restreint de documents - devient extensive, formant ainsi une véritable source de documentation.
De la culture orale à la production d’écrits.
En Afrique, la colonisation en imposant la scolarisation a rendu l'écriture obligatoire. Dans le domaine de la littérature, les relations ont été particulièrement fécondes, l'écriture se nourrissant de la tradition orale. La recherche de la traduction d'un univers linguistique dans une autre langue, par exemple en français, avec des auteurs comme Senghor ou Kourouma, lie l'oralité à l'écrit, mais crée aussi un genre littéraire à part entière. Ahmadou Kourouma expliquait :« Ce qui m’intéresse, c’est de reproduire la façon d’être et de penser de mes personnages, dans leur totalité et dans toutes leurs dimensions. Mes personnages sont des Malinkés. Et lorsque qu’un Malinké parle, il suit sa logique, sa façon d’aborder la réalité. Or, cette démarche ne colle pas au français: la succession des mots et des idées, en malinké, est différente". C'est certainement ce même cheminement qu'a cherché à suivre l'écrivain français Jean Hatzfeld, en transcrivant les témoignages des Rwandais sur le génocide.
L’intérêt et la nécessité de transcrire la littérature orale est aussi reconnue. Des centres de documentation se sont créés pour collecter et écrire des traditions orales locales et les mettre en valeur. Par exemple, l'écrivain historien, Djibril Tamsir Niane a transcrit l'épopée mandingue.
Plusieurs exemples de passage à l’écrit chez de nouveaux alphabètes témoignent d’une marque d’appropriation de ce mode de communication.
- A Bamako, des ateliers d’écriture ont permis l’éclosion de livres pour la jeunesse, dont certains en langue nationale. Et une opération culturelle « lecture publique » a lancé des pagnes-livres, livres en tissu.
- Au Pérou, dès les années 1980, les paysans ont récolté, mis en commun leurs connaissances afin d’ actualiser les livres et de replonger dans leurs racines, parfois oubliées. Des campagnes de sauvegarde ont vu le jour qui ont permis de créer une collection d’une dizaine de fascicules de contes. Ces contes ont été retranscrits le plus fidèlement possible à partir de leur version orale. Suite au succès, le projet s’est étendu à la mise par écrit d’une encyclopédie thématique sur des sujets qui concernent le monde andin, toujours dans le souci de rester au plus près de la tradition orale. Ces hommes et femmes se sont donc constitués leur propre fonds documentaire, au plus près de leurs besoins, au plus près de leur culture.
- Au Venezuela, une ethnologue a formé des Indiens à mettre par écrit puis éditer leurs traditions orales, afin de leur permettre de se réapproprier leur patrimoine. Les textes une fois transcrits sont imprimés sur des tissus, puis illustrés avec des gravures en bois, faites par d’autres Indiens. En 10 ans, une cinquantaine de livres en tissus ont été ainsi édités.
La documentation audiovisuelle au secours de la tradition orale.
La prise de conscience de la nécessité de préserver « le patrimoine culturel immatériel ».
C’est l’UNESCO qui a mis en avant cette expression et écrit une Convention en 2003, parlant également de « patrimoine vivant ». On y retrouve bien sûr des éléments de la culture orale. Cette initiative montre bien combien il est difficile de préserver ces éléments chez des peuples dont les coutumes, les langues sont en danger d’extinction.
En fait il s'agit peut-être surtout d'un biais afin de promouvoir le respect de la personne dans son environnement culturel auquel elle est si intimement liée, car comment garder sauf autrement ce qui relève de l'oralité?
Une appropriation des techniques de préservation.
Lors de la conférence de la Fédération internationale des associations de bibliothèques en 1999 organisée en Thaïlande, le ministre de la Culture de Papouasie-Nouvelle-Guinée a « revendiqué le droit pour les sociétés de culture orale à se représenter et à assurer la préservation de leurs traditions par leurs propres moyens, fût-ce avec l’appui de technologies importées, médium manifestement ressenti comme doué de neutralité », écrit Sylvie Le Ray . Les nouvelles technologies semblent donc être utiles, utilisées et adoptées par ces sociétés. Mais il est certain aussi qu’il est impossible de collecter ces traditions orales sans les modifier.
- Le Mali développe des audiothèques depuis 1982 au niveau rural dans quatre zones culturellement et linguistiquement différentes. Elles permettent d’enregistrer ceux qui détiennent les savoirs traditionnels dans les villages et dans les langues nationales. Il s’agit aussi bien de l’agriculture, de la santé publique (notamment la médecine traditionnelle), la protection de l’environnement, l’histoire locale et la littérature. Plus de 1000 cassettes ont ainsi été enregistrées. Chaque famille possédant au moins un radio-cassette, les cassettes sont empruntées facilement, mais elles s’écoutent aussi bien en groupe, et sont l’occasion de discussions. Ces cassettes sont aussi transcrites, transcriptions qui font l’objet de publications.
- Au Vanuatu, des témoignages ont été récoltés et enregistrés sous des conditions d’accès très strictes, ce qui permet de préserver une partie de ces cultures océaniennes.
- Au Burkina Faso, un projet « cyber-griot » permet la consultation en lignes de contes et légendes burkinabé.
Collecte, sauvegarde et valorisation des fonds sonores et audiovisuels.
Si la nécessité vitale n’est pas la même, la culture orale fait de même naître des documents qui essaient grâce aux techniques de s’approcher au plus près de ce qu’est la culture orale, cette matière mouvante. Les fonds sonores et audiovisuels se développent et posent un certain nombre de questions. Un certain nombre d’organismes collectent des documents sonores, inédits et d’archives, audiovisuelles ou radiophoniques. Les fonds sonores sont souvent liés plus généralement aux fonds audiovisuels.
Les phonothèques en France.
Le département de l’audiovisuel à la BNF.
Il existe un département de l’audiovisuel à la Bibliothèque nationale de France, qui a pris la suite des Archives de la parole de 1911 puis de la phonothèque, créée en 1938.
- Mission : enrichir la collection patrimoniale audiovisuelle, d’établir une bibliographie nationale des documents audiovisuels et multimédias et d’organiser leur accès aux chercheurs.
- Fonds : plus d’un million de documents sonores dont les plus anciens remontent à la fin du XIXième siècle ; 100 000 documents vidéos, 70 000 documents multimedia, informatiques et électroniques.
Gallica propose un corpus sonore, hérité en grande partie des Archives de la Parole.
- Pour connaître le détail du fonds du département : Fonds sonores du département de l’audiovisuel de la bibliothèque nationale de France
D’autres sites de préservation et de valorisation.
- L’INAthèque :
- Politique d’archives orales, de « mémoires volontaires »
- 70 000 documents sonores, soit près de 600 000 heures d’achives des dizaines d’entretiens patrimoniaux ; les archives télévisuelles et radiophoniques.
- Le Musée national des Arts et Traditions Populaires – Centre d’ethnologie Française. Ses collections sont progressivement transférées au musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée qui doit ouvrir à Marseille en 2008. Le musée possède un centre de ressources avec une partie phonothèque :
- 70 000 phonogrammes conservés;
- entretiens, informations ethnographiques, littérature orale, musique vocale et instrumentale ; collections discographiques, émissions radiophoniques.
- La phonothèque de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme :
- Réunit des enregistrements sonores à valeur ethnologique, linguistique, historique, musicologique ou littéraire de l’aire méditerranéenne.
- 4500 heures, dont 3000 indexées et 2500 heures numérisées.
- Le traitement documentaire des archives sonores est basé sur le guide d’analyse documentaire des documents sonores inédits pour la mise en place de banques de données édité par l’AFAS (association des détenteurs de documents audiovisuels association française des archives sonores) et Modal en 2001. La publication a été réalisée conjointement avec la FAMDT. Le guide d'analyse a également été traduit en langue espagnole et publié en novembre 2007 par la bibliothèque nationale de Colombie, les archives nationales de Colombie et l'IFEA.
- Le CERDO (Centre d’Etudes, de Recherche et de Documentation sur l’Oralité) :
- Fonds documentaire sur la région Poitou-Charentes-Vendée : littérature orale, savoirs thématiques, tradition orale enfantine;
- 8000 heures d’archives sonores, partiellement numérisées sur 800 CD séquencés ; 50 000 photographies, 800 heures d’archives vidéos ; 1100 cassettes et CD sur les musiques traditionnelles;
- Ses missions : conservation, numérisation, exploitation et valorisation. Il est ainsi possible rechercher la voix ou l’image d’un proche parent au sein des milliers de personnes enregistrées, filmées ou photographiées.
- Dastum (« recueillir » en Breton) : archives du patrimoine oral de Bretagne.
- collecter, sauvegarder et diffuser : chansons, contes, légendes, histoires, proverbes, dictons, récits, témoignages…
- 75 000 documents, 3 000 disques et autres supports sonores.
- La Fondation Maison des sciences de l’homme :
- Fonds sur les sciences humaines et sociales;
- 290 entretiens, 100 colloques, 52 séminaires.
- Fonds sonores Donatien Laurent.
- Rassemble 300 heures environ d’ enregistrements effectués par cet ethnologue sur la littérature orale en Bretagne entre 1960 et 1972.
- En cours de numérisation, elles sont accessibles à partir du projet Michael, projet en cours de réalisation permettant d’explorer les collections des bibliothèques et autres institutions culturelles européennes.
Ajoutons que la bibliothèque nationale de France, la phonothèque de la MMSH, en lien avec la FAMDT ont créé un pôle associé dans le domaine de la littérature orale et de l’ethnomusicologie. L’objectif principal du pôle est de cataloguer des fonds sonores et de les mettre à disposition du public. Depuis sa création, 8 500 heures ont été cataloguées entre Dastum, le conservatoire occitan, le cerdo, mémoires vives et la MMSH.
Comment effectuer la collecte des fonds audiovisuels ?
La collecte des fonds audiovisuels pose plusieurs questions :
- Quels enregistrements, quels sons collecter ?
- Que conserver ?
- Comment et pour qui conserver ?
- Que peut-on divulguer, alors que des informations ont pu être recueillies de façon confidentielle ? Quelle peut-être la déontologie vis-à-vis de l’enquêté ? Par exemple au Vanuatu, la « salle des tabous » n’est accessible qu’à des auditeurs accrédités selon des critères d’âge, de sexe ou de tribu. Certaines bandes ne peuvent être communiquées qu’à des descendants de la personne qui les a enregistrées jusqu’à extinction de lignée. Mais, en même temps, ces centres ont souvent vocation à mettre à la disposition du plus grand nombre. Il s’agit donc de résoudre des conflits d’intérêts.
- Quelles peuvent être les différentes postures entre : l’enquêteur, le témoin, le chercheur ? Qu’est-ce que cela implique dans le recueil du témoignage ? comment recueillir la parole de l’autre ?
- Comment exploiter de la façon la plus appropriée ces documents ?
Afin de clarifier les pratiques et de les normaliser, une charte de collecte orale sonore au niveau national et européen serait nécessaire. La FAMDT (Fédération des associations de musiques et danses traditionnelles) a lancé en 1988 un projet de normalisation, de conservation et de coopération nationale et internationale.
L’archivage et la gestion des fonds sonores et audiovisuels.
L’article Documentaliste audiovisuel traite des questions techniques concernant la gestion, le traitement et l'indexation des fonds audiovisuels.
La question de la préservation et de la pérennisation des données pose celle de la qualité technique des documents : Deux principes dominent une politique de conservation spécifique de documents sonores :
- Privilégier la préservation du signal sonore sur la conservation du support de l’enregistrement ;
- Recopier constamment d’un support à un autre et d’un format à un autre.
Tous les supports, jusqu’à la numérisation, sont relativement instables, d’autant plus dans des pays où la climatisation des dépôts est difficile. Les technologies numériques ont modifié la donne et ouvert de nouvelles possibilités au niveau conservatoire et archivistique, mais le risque pourrait être de réduire les enregistrements aux sons « utiles ». Dans les cas d’autres supports, il est nécessaire de multiplier les copies d’archivage.
La valorisation et l’utilisation des sources sonores et audiovisuelles inédites.
Vouloir préserver est une chose, mais la collecte d’un tel patrimoine nécessite une valorisation appropriée. Afin de mettre en valeur ces fonds, il est nécessaire de les identifier par un traitement et une indexation appropriée. Les fonds peuvent avoir vocation à être utilisés par un large public ou par des chercheurs.
Jusqu’à la numérisation, la valorisation consistait essentiellement à l’édition de disque. Dans le cadre du projet Michael, un projet national de numérisation du patrimoine a été engagé. Dans ce cadre, des fonds sonores ont pu être numérisés. Cette numérisation permet :
- Une meilleure lisibilité :
- - un accès direct à des séquences, l’analyse d’extraits de documents ;
- - lier les documents sonores à des documents textes ou images ;
- Une meilleure visibilité :
- - une consultation dans plusieurs lieux par la démultiplication des supports ;
- - une meilleure connaissance des collections, des fonds anciens en particulier.
L’objectif est aussi un accès en ligne.
La question de la propriété juridique des documents sonores.
L’utilisation des documents sonores ouvre la question de leur propriété juridique et des droits de l’utilisateur.
La phonothèque de la MMSH fait ainsi signer des contrats lors de la consultation et du dépôt.
Une solution qui semble adéquate est l’adoption de licences creative commons, qui permettent à la fois de mettre l’accent sur l’honnêteté intellectuelle tout en conservant un accès libre.
Quelques exemples d’outils documentaires pour faire vivre l’oralité.
Qu’elle soit orale ou écrite, la documentation fige à un moment donné l’information. Et la collecte des traditions, des mémoires, des sources orales entraîne indubitablement des transpositions. Mais témoin, intermédiaire, passeur, les différents supports documentaires se conjuguent pour nourrir la culture orale.
Certains domaines restent encore bien distincts, séparés ; ainsi la part réservée à l’oralité reste mince dans la plupart des musées, comme on peut le voir par exemple dans un musée comme celui du Quai Branly.
Pourtant, la naissance par la collecte sonore, audiovisuelle ou écrite de ces différentes formes de documents permet de connaître et de reconnaître ses savoirs ancestraux, en en étant fiers. Par là-même, la démarche est porteuse d’avenir pour des sociétés en quête d’identité.
Des associations en France naissent autour du désir de faire vivre le patrimoine de la culture orale.
Le CLIO (Conservatoire contemporain de Littérature Orale), à l’origine du festival EPOS, autour de l’épopée a diffusé le festival sur la radio internet EPOS. L’association propose également sur son site le monde en contes, des contes en libre écoute, et possède un fonds sonore consultable sur place de spectacles, de conférences et d’événements sur le conte.
Le CMTRA (Centre des Musiques traditionnelles Rhône-Alpes) a créé la collection Atlas sonore en Rhône-Alpes qui se présente comme la photographie sonore d’un lieu, d’un quartier ou d’une culture musicale. Depuis 2003, une équipe travaille à la collecte et à la valorisation des mémoires et savoirs musicaux du quartier de la Guillotière. Le centre de ressources documentaires du CMTRA met à disposition sur place 4500 disques, dont 80h numérisées. Le fonds est essentiellement musical ou sur la vie musicale en Rhône-Alpes et dans les régions limitrophes.
Le CMLO mène notamment des activités de recherche autour de la communication orale, notamment autour du passage de l’oral à l’écrit des sociétés rurales européennes au XIXième et XXième siècle et sur la mémoire orale de l’immigation. Il propose également des formations entre autres sur la collecte des mémoires orales. Elle a également créé un répertoire d’acteurs de la littérature orale, que ce soit des conteurs, des associations, des festivals, des chercheurs ou des éditeurs.
Références bibliographiques
Ouvrages
- Les sytèmes de communication – approche socio-anthropologique, Jean Lohisse, Armand Colin, 1998
- Les Voix de l’oubli, Patrick Bernard, Anako éditions, 1998.
- Introduction avec sciences de la communication, D. Bougnoux, La Découverte, Repères, 2001.
Articles :
- Tradition orale, Pascal Boyer, Encyclopaedia Universalis, 2006.
- Histoire orale, Joseph Goy, Encyclopaedia Universalis, 2006.
- Doulaye Konaté «Oralité et écriture dans la communication usuelle au Mali : entre traditions et modernité». Recherches Africaines, Numéro 00 - 2002, 22 juin 2002, .
- Le Ray, Sylvie « Collecte et sauvegarde des traditions orales : Un rôle nouveau pour les bibliothèques? », BBF, 2000, n° 5, p. 126-130 [en ligne] <http://bbf.enssib.fr> Consulté le 07 janvier 2008.
- Bernard, Marie-Annick, « Lecture et identité dans les bibliothèques rurales péruviennes », BBF, 1998, n° 5, p. 32-37 [en ligne] <http://bbf.enssib.fr> Consulté le 07 janvier 2008.
- Oralité et culture de l'écrit, Communication à l'occasion du colloque "Images d'Afrique" organisé par COSA (Centro d'Orientament di Studi Africani), mai 2004 à Dakar.
- Ginouvès, Véronique ; Peyssard Jean-Christophe. Valorisation de l’archive sonore à la phonothèque de la MMSH. Imageson.org, 26 avril 2005 [En ligne]. consulté le 9/03/2008.
- Domnine Plume, Critiques, BBF 2003- Paris, t.48, n°3. Les sciences humaines et le témoignage oral, actes des journées d'étude organisées par l'AFAS à Aix-en-Provence les 22 et 23 mai 2000/sous la direction scientifique de Jean-Noël Pelen ; coordination et édition par Véronique Ginouvès. Paris : AFAS, 2002 - 148 p. - Sonorités, Cahiers du patrimoine sonore et audiovisuel ;4).
- Fatogoma Diakité Les services des bibliothèques et la lecture au Mali, 65th IFLA Council and General Conference, Bangkok, Thailand, August 20 – August 28, 1999.
- A. Raphaël Ndiaye, Enda T.M., Dakar La tradition orale : de la collecte à la numérisation, 65h IFLA Council and General Conference. International Federation of Library Associations and Institutions.
Pour aller plus loin.
- Entre l’oralité et l’Ecriture, Jack Goody, P.U.F. Ethnologies.
- - Présentation du livre : Arlette Leroy, Les Actes de lecture, n°65, revue de l’AFL, mars 1999,
- Où va le livre en Afrique ? dossier dirigé par Isabelle Bourgueil. Paris : L’Harmattan, 2003 – 239p.(Africultures ; 57)
- - Présentation du livre : Claudine Belayche, Critiques, BBF 2004 – Paris, t.49 n°6.
- Cécile Canut, Schifano, Elsa. L’édition africaine en France : portraits. – Paris, L’Harmattan, 2003, 238 p., Cahiers d'études africaines, 181, 2006
- Cécile Leguy, Oralité en Afrique.
- Pascal Cordereix, Conservation, traitement et communication des archives sonores au département de l’audiovisuel de la bibliothèque nationale de France, Communication aux Journées d’étude de la SFE, 29-31 mai 2003.
- Institut d’histoire du temps présent (IHTP) Cahier de l’IHTP n°21 : La bouche de la vérité ? La recherche historique et les sources orales. sous la direction de Danièle Voldman; et en particulier Définitions et usages.
- De la mémoire à l’histoire, H.P.S. Textes du colloque 2000, Association pour le patrimoine seynois.
Quelques ouvrages utilisant des sources orales en histoire.
- E. GRENADOU & A. PRÉVOST, Grenadou, paysan français, Seuil, 1966
- Histoire orale ou archives orales ?, ouvr. coll., Ass. Ét. Hist. Séc. soc., Paris, 1980
- P. JOUTARD, La Légende des camisards, une sensibilité au passé, Gallimard, Paris, 1977
- J. OZOUF, Nous, les maîtres d'école, Julliard, Paris, 1967 ; rééd. Gallimard, Paris, 1993.
Dans la collection Terre humaine, J. Malaurie dir., Plon, Paris.
Sélection d'autres sites sonores.
- LibriVox : l'objectif est de mettre à disposition à l'écoute sur internet, gratuitement, toutes les œuvres du domaine public. Le catalogue est complété au fur et à mesure.
- Le Centre international de poésie Marseille : propose une sélection de poèmes contemporains lus.
- La Bibliothèque sonore de l’association SPID (*Association de soutien à la production indépendante de documentaires) : le site est en cours de rénovation; bibliothèque sonore d'éducation populaire, le site propose en ligne des conférences, des entretiens et témoignages.
- Les archives sonores de la Bibliothèque du Centre Pompidou : permet l'écoute de manifestations orales récentes organisées par la BPi, des entretiens de grandes figues du XXième siècle et une collection sur le thème villes et territoires.
- Le Centre de documentation de la musique contemporaine (CDMC) propose une sélection de conférences, de concerts-rencontres et de colloques sur le thème de la musique contemporaine à écouter sur le site.


