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Rapport Martre
Un article de DokuPedia.
Ce rapport fait référence au terme d'intelligence économique; concept élaboré pour la première fois en France dans ce rapport.
Il est rédigé au sein du Commissariat général du Plan[1] par le Groupe « Intelligence économique et stratégie des entreprises ». Il est publié en 1994 à la Documentation Française.
Le Président du groupe de réflexion, Henri Martre, donne son nom au rapport. À la rédaction, Martre est alors Président de l'Association française de normalisation (AFNOR) et Président d’honneur d’Aérospatiale.
Le but de la réflexion est défini ainsi dans le rapport: « sensibiliser et éclairer par un débat large et ouvert, l'ensemble des acteurs sociaux (entreprises, organisations syndicales, pouvoirs publics, responsables locaux) sur cet enjeu important pour la compétitivité des entreprises françaises.»
Sommaire |
Les auteurs
Le rapport Martre est rédigé par les auteurs suivants:
Henri Martre
Il a rempli les fonctions de délégué général pour l'armement (DGA) auprès du ministre de la défense de 1977 à 1983, de président-directeur général de la société Aérospatiale de 1983 à 1992, puis de président de l'Afnor de 1993 à 2002.
Commissariat général du plan
Le Commissariat général du Plan ou CGP (actuel centre d'analyse stratégique) est crée en 1946 par le Général de Gaulle. Le but essentiel du Plan est la prévision et la concertation. Sa fonction est d'éclairer le gouvernement à définir et mettre en œuvre ses orientations stratégiques en matière économique, sociale, environnementale et culturelle.
Groupe «Intelligence économique et stratégie des entreprises»
Le groupe est constitué des personnes suivantes:
Président :
Rapporteur général :
- Philippe Clerc (chargé de mission, Service du développement technologique et industriel, Commissariat général du Plan)
Conseiller :
- Christian Harbulot (directeur, Intelco/Cogepag, Institut d’étude et de stratégie de l’intelligence économique)
Rapporteurs :
- Philippe Baumard (enseignant associé, Institut du management, New York Université)
- Bernard Fleury (chargé de mission, Service de l'énergie et des activités
tertiaires, Commissariat général du Plan)
- Didier Violle (chargé d'études, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).
Les membres (cliquer sur le lien)
Le rapport
Le groupe «Intelligence économique et stratégie des entreprises» fonde son travail de réflexion sur les travaux menés antérieurement par M. Mayer (Rapport du groupe «Information et compétitivité», La Documentation française, décembre 1990.)
→ Cliquer ici pour accéder au pdf du rapport Martre.
Le rapport est divisé en trois parties distinctes, avec tout d’abord une analyse comparée des systèmes de l’intelligence économique, une analyse du système français, et enfin une série de propositions pour une meilleure définition de la politique stratégique à mener en France. Voici donc la situation en 1994, telle qu'elle est décrite par le groupe de rédaction du rapport.
Analyse comparée des systèmes d'intelligence économique
Dans une première partie, le rapport dresse une étude comparée de divers États à l'information stratégique puissante. Voici non exhaustivement ce qu'en dit le rapport:
Allemagne
«L'Allemagne est la première puissance économique d'Europe» grâce à un centre vers lequel converge l'ensemble des flux d'information. Des connivences se créent entre les banques et les grands groupes industriels allemands. De plus, la coopération des deux a permis une concentration de capitaux. «Le consensus sur la notion d'intérêt économique national constitue dès lors l'un des principaux atouts culturels de la performance économique allemande».
Japon
La vision protectrice du Japon (ou préserver l'indépendance économique du Japon face aux exigences commerciales des puissances occidentales) est pour beaucoup dans le façonnement d'une intelligence économique. Le rapport Martre affirme ainsi que «la compétitivité de l'économie japonaise repose essentiellement sur une culture collective de l'information». De nombreux liens se créent entre les stratégies technologiques, industrielles et commerciales. De plus, des moyens de désinformation et d'influence sont utilisés pour une politique industrielle nippone unique et forte.
Royaume-uni
Les systèmes d'information de l'État ont soutenu les intérêts économiques de l'empire britannique. «Le Royaume-Uni, qui a fondé sa domination durant la première révolution industrielle sur un puissant dispositif de renseignement économique, n'a pas transféré ce savoir-faire au service de son industrie nationale. En effet, le système britannique d'intelligence économique se concentre aujourd'hui essentiellement dans le secteur de la finance». Le «marketing intelligence» ou «renseignement économique» dans cet État a pour but une collecte de l'information sur les marchés extérieurs. Ce système place alors le Royaume-uni comme un des précurseurs mondiaux dans le domaine de l'intelligence économique.
États-unis
«A l'inverse d'autres pays, la logique qui le gouverne est essentiellement individuelle. Née de la politique des entreprises dans les années cinquante, l'intelligence économique aux États-Unis est longtemps demeurée l'outil de leurs rivalités concurrentielles sur le marché domestique». En effet, les États-unis ont mis en place un véritable dispositif offensif de gestion de l'information visant avant tout la concurrence américaine elle-même (en particulier entre constructeurs automobiles concurrents). L'intérêt privé prime; mais les stratégies concurrentielles sont refondues dès lors que l'hégémonie américaine est remise en cause par le Japon ou l'Allemagne émergents. Sans que l'intérêt collectif ne soit pour autant prôné, les États-unis mettent en place une «Competitive Intelligence» puissante. Autre atout américain: le système des lobbies (subventionnés par l'État).
Suède
Le cas de la Suède est remarquable, et le rapport Martre dit ainsi que «35 des 100 premières sociétés suédoises concentrent plus de 80 % de leur chiffre d'affaires à l'export.» Ceci constitue la force suédoise en matière de concurrence. Le fait d'échanger des sources, des données, des informations avec l'étranger permet au pays un meilleur développement. La veille présente à l'extérieur donne de meilleurs renseignements quand à la concurrence étrangère.
Le rapport souligne de plus que «la symbiose entre les entreprises et l'administration est illustrée par des réunions au niveau national, dont l'objectif vise à élaborer une stratégie de renseignement économique ouvert au service de la performance de l'économie suédoise».
Ce qu'il ressort de cette étude comparée, c'est une idée de conceptions nationales de l'intelligence économique, avec un système collectif et national de l'information.
Ces systèmes paraissent beaucoup plus en avance et le système français semble connaitre de graves retards.
L'intelligence économique en France: atouts et lacunes
Le rapport affirme que «notre dispositif d'intelligence économique demeure très en retrait».
Suit un tableau présentant l'utilité de l'intelligence économique (reconstitution du tableau figurant dans le rapport Martre):
| Intention crédible | Intention non crédible | Pas d'intention | |
| Capacité crédible |
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| Capacité non crédible |
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| Pas de capacité |
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Des atouts
Les grands groupes et les PME-PMI innovantes sont des exemples à suivre en matière d'intelligence économique d'après le rapport. Ils usent des moyens suivants:
- De la veille technologique à la veille stratégique
Dans un esprit de concurrence mondiale permanente, l'information devient alors quelque chose de stratégique. Une information stratégique pour une décision stratégique. La veille technologique dans l'industrie c'est observer, analyser les aspects scientifiques, techniques, technologiques ainsi que les retombées économiques; le but étant de prévoir les menaces et les opportunités de développement. La veille stratégique est alors définie ainsi dans le rapport Martre: «surveiller, se protéger, attaquer». Le rapport relate ainsi la méthode des experts d'Elf-Atochem concernant l'acquisition d'informations:
- l'identification du type d'information
- définition de la couverture
- choix des outils et sources d'information (bases de données, journaux, comptes rendus, rapports, réseaux...)
- recherche d'information
- reformulation de l'information: notes, rapports et communications
- protection de l'information stratégique
- mise en pratique
- production-vente
- Les pratiques de la lutte anti-contrefaçon
Les «pirates», contrefacteurs ou autres faussaires usent de moyens de plus en plus efficaces pour pirater, voler des informations ou encore copier des marques. Des entreprises (véritablement conscientes des menaces) sont alors capables de déployer un réel arsenal de protection et d'anticipation des menaces contre ces contrefaçons et ces vols. Le rapport insiste sur le fait qu'il est important d'«identifier la source d'approvisionnement; de suivre le réseau de distribution revendeurs, importateurs, grossistes, fabricants locaux.» Cette lutte est justifiée et à continuer d'après le groupe «Intelligence économique et stratégie des entreprises».
Malgré cela, des «blocages culturels et organisationnels» s'en ressentent.
Réticence à l'égard de la gestion collective de l'information
Dans les entreprises françaises, souligne le rapport, il y a un réel manque de concertation et de communication entre les échelons. Afin de régler un problème stratégique par exemple, un chef d'entreprise ne fera que le traiter de façon isolée et sans faire appel à des professionnels. L'information n'est traitée que partiellement et partialement.
De plus, ce qu'il manque en France d'après le rapport, c'est une prévoyance des risques. Les entreprises n'étudient pas correctement leurs besoins ainsi que la concurrence. La place du pays sur l'échiquier international ainsi que de ses entreprises s'en ressent donc. Le rapport Martre insiste donc bien sur le retard de la France qui devrait avoir une intelligence économique rivalisante.
Une culture du secret mal maîtrisée
Le rapport fait état de «pratiques administratives trop rigides en matière de confidentialité». La France est bien connue pour ses «retards» administratifs, ses «coquilles» en matière d'information. De plus, la culture du secret ne fait pas partie de l'histoire du pays, c'est plutôt l'apanage des pays anglo-saxons qui ont développé le concept d'«Intelligence» (comme par exemple dans le sigle CIA: Central Intelligence Agency). La France a ses renseignements généraux mais ils n'ont rien à voir avec l'information stratégique.
Difficulté d'une définition de l'intelligence économique
Alors que dans les pays anglophones on parle d'«Economic Intelligence», «Business Intelligence» ou encore «Competitive Intelligence», on parle en France de veille, et ce terme reste assez mal défini. Alors que les pays anglo-saxons ont acquis une culture de l'«intelligence», la France ne détient pas historiquement ce concept, elle doit le développer afin de ne pas rester sur la touche et rivaliser avec les grandes puissances. Le rapport Martre pointe du doigt le retard effectif de la France et donne quelques pistes afin de débloquer la situation.
Les propositions
Pour pallier les déficiences françaises en terme d’information stratégique, le rapport donne une série de propositions que voici (non exhaustivement):
«Les états-majors des groupes doivent s'impliquer dans la mise en œuvre de l'intelligence économique»
Des entreprises précurseurs en terme d'information stratégique sont un exemple à suivre; elles permettent à la France de rester dans la course économique. Deux points doivent être suivis:
- Diffusion de la pratique de l'intelligence économique dans l'entreprise
Les chefs d'entreprises doivent comprendre les enjeux de l'intelligence économique. A partir de cela, ils doivent définir et diffuser les besoins de l'entreprise pour un meilleur rendement. Pour la propre sécurité de l'entreprise, la mise en place d'une stratégie cohérente et unanime est souhaitable.
- Diffusion de la pratique des réseaux dans l'entreprise
«Faire fonctionner l'entreprise en réseaux, organiser la circulation de l'information de façon a ce que toutes ses fonctions soient a l'écoute du marché».(Rapport du groupe présidé par Jean Gandois, préparation du XIe Plan, La Documentation française, décembre 1992.) Les informations doivent circuler à travers tout l'organigramme d'une entreprise, en ce sens cela demande une véritable implication des employés.
«L'État doit jouer un rôle incitatif puissant»
La collecte et la diffusion de l'information économique, scientifique et technique restent dominées par les initiatives publiques. L'État dispose cependant de capacités de collecte et d'analyse de l'information supplémentaires et complémentaires à celles des entreprises. Ceci pourrait lui permettre de s'impliquer d'avantage dans l'information stratégique. La France devrait être capable d'une meilleure organisation de la gestion de l'information économique. Elle devrait permettre aux entreprises d'ajuster leurs stratégies aux nouvelles menaces concurrentielles. Tout cela dans le but d'une meilleure protection du patrimoine économique et technologique. Suit ce que le rapport Martre souhaite à ce propos:
- Optimisation des flux d'informations entre le secteur public et le secteur privé:
Meilleure circulation des données.
- Conception de banques de données en fonction des besoins de l'utilisateur:
Meilleure gestion et traitement de l'information.
- Mobilisation du monde de l'éducation et de la formation:
Transmission d'un réel savoir-faire de l'information stratégique.
Tout ceci concourrait dans une vision globale, à une «définition d'une politique stratégique nationale à long terme mobilisant la volonté claire, affichée par la puissance publique qui, seule, pourra donner l'impulsion nécessaire.»
Conséquences du rapport
Après la publication du rapport Martre en 1994 à la Documentation Française, des réactions se font savoir. Des changements s'opèrent lentement, beaucoup trop lentement pour que le pays prétende rivaliser avec les pays les plus en avance sur ce domaine. Neuf ans plus tard, un autre rapport dans la continuité du rapport Martre est remis au premier ministre Jean-Pierre Raffarin, le rapport Carayon. Celui-ci dresse le bilan des avancées, mais également du retard que connait toujours la France en terme d'information stratégique. Autre réaction, la création d'une nouvelle fonction en vue d'une politique stratégique plus active et compétitive.
Le rapport Carayon
Rédigé en 2003, ce rapport[2] est comme une réponse au rapport Martre, il donne une série de 38 propositions pour une amélioration de l'Intelligence économique française.
Il réaffirme que «l’Intelligence économique devrait être une vraie et grande politique publique de l’État».
Suit une liste non exhaustive des premières propositions figurant dans le rapport:
- Définir le « périmètre stratégique » de la performance globale de la France.
- Créer un Conseil National pour la Compétitivité et la Sécurité Économique (CNCSE).
- Nommer un délégué interministériel à la Compétitivité et à la Sécurité économique.
- Créer un intranet gouvernemental dédié à l’anticipation et à la prospective.
- Favoriser les « guichets uniques » de l’information.
- Une cellule de contact et de soutien aux entreprises est mise en place.
- Adapter et moderniser, dans sa dimension économique, l’ordonnance du 7 janvier 1959.
- Le fonctionnement des réseaux essentiels et la sécurité des infrastructures vitales doivent relever de l’instance politico-administrative définie par le Gouvernement, en s’appuyant sur le Secrétariat général de la Défense nationale (SGDN), les Hauts Fonctionnaires de Défense(HFD) et en particulier celui du ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie.
- Mettre en place une mission interministérielle d’expertise technique et industrielle des systèmes d’information des administrations publiques dont le SGDN assurera l’exécution.
- Moderniser l’instruction interministérielle 486 et veiller à une actualisation annuelle des établissements à régime restrictif (ERR).
Le Haut responsable chargé de l'intelligence économique
Le décret[3] du 22 décembre 2003 institue cette charge de haut responsable chargé de l'intelligence économique.
Il a pour mission d’assurer la synthèse et d’organiser la diffusion de l’information disponible en matière d’intelligence économique. Il élabore et met en œuvre les mesures et les orientations ayant pour but de renforcer les capacités nationales. Ce que souhaite le rapport Carayon avec la création de ce haut responsable, c'est véritablement une avancée significative en terme de stratégie et d'intelligence économique.
Notes et références
Voir aussi
Termes:
- Trouver la notion "Rapport Martre" sur l'internet des sciences de l'information et de la communication
Sites:






